En mémoire de ma maman

Voici l’annonce de la disparition de ma mère le 20 mai 2020. Je voulais que ce texte soit quelque part pour toujours…

Dan, ma maman, est morte mercredi.

Le cancer avec lequel elle vivait depuis plus de quatre ans a eu raison de ses forces.
Elle m’a confié durant notre dernière conversation qu’elle s’était battue autant qu’elle avait pu.
Tous ceux qui l’ont connue, que ce soit cinq minutes ou soixante ans, savent que c’était une personne « extra »-ordinaire et que l’on s’aimait elle et moi infiniment.

Pour ceux qui n’ont pas eu le plaisir de la connaître laissez-moi vous en dire un peu plus:

Elle aimait en général avec passion: elle m’aimait moi, elle aimait Thibault qu’elle appelait son fils chéri et Gemma qui n’a vécu que trois mois avec nous quand elle avait quinze ans mais qui n’a jamais cessé de l’appeler maman en vingt-deux ans.
Elle aimait ses amis, sa famille de coeur et sa famille de sang, les hommes de sa vie, surtout Jacques, Gérard et Pascal, mes amis à moi, pleins d’artistes, les inconnus qui croisaient sa vie, le cinéma, le théâtre, la bouffe, l’intelligence, la douceur, les couleurs (particulièrement le violet qui est aussi ma couleur préférée).
Elle aimait rire, manger, nourrir les autres, donner son opinion, lire, voyager, apprendre, glander, transgresser les règles absurdes, nager dans la mer, aider, réconforter, faire rire.
Cela tombait bien car elle était drôle, généreuse, anti-conformiste, spirituelle, pétulante et chaleureuse.
Elle savait accueillir et soutenir quelqu’un comme personne et elle le faisait souvent dans la radicalité, ne mâchant jamais ses mots.
Elle m’a appris l’anglais, mes premiers mots de russe et d’italien. Elle savait toujours se servir de ses rudiments, plus solides qu’elle ne le croyait, de langues pour se faire comprendre quand elle le souhaitait. Ce qui arrivait souvent car elle n’a jamais rencontré quelqu’un à qui elle n’avait pas envie de parler et de raconter sa vie.

C’était une humoriste de talent qui a fait rire et a apporté de la joie à des milliers de personnes, choisissant toujours l’esprit et la positivité comme boussole pour son humour pourtant décapant. Dans les années 80 un critique l’avait surnommée le Coluche au féminin. Il existe un monde parallèle où elle a eu le succès qu’elle méritait et ses sketches sont connus de tous.
Elle écrivait, et cela depuis sa plus tendre enfance. Elle écrivait des textes, des sketches, des poèmes, des lettres. Elle a aussi écrit des scénarios, des nouvelles, un roman et des pièces radiophoniques que vous avez pu entendre sur France Inter.
Elle était comédienne. Vous l’avez peut-être vue dans les années 90: dans quelques scènes à la fin de L’Opération Corned-Beef, un rôle écrit pour elle par Jean-Marie Poiré, ou bien dans le rôle de Urion l’Eunuque dans la saga L’Enfants des loups (ça ne s’invente pas). Le plus grand nombre l’aura sûrement vue dans son rôle de Mme Bellefeuille dans Les Filles d’à côté. Un rôle très différent du style des textes qu’elle écrivait et jouait sur scène mais qui a permis à des foules de gens de découvrir sa fantaisie sans pareil.

Elle était politisée aussi, elle aimait être du côté de la justice sociale et elle aimait les manifestations pacifistes. Elle m’avait raconté qu’elle m’avait emmenée place de la Bastille fêter l’élection de Mitterrand en 1981, alors que je n’avais que six mois. Je pense que c’était pour que je sois de gauche dès mon plus jeune âge, comme elle l’était. Elle avait été communiste, était restée socialiste, mais elle était surtout humaniste. Elle m’a appris à être féministe, à épouser la défense des droits de la communauté homosexuelle (on appelait pas encore ça LGBTQ à l’époque) et à rejeter le racisme, l’intolérance et le sectarisme. Elle me l’a appris au travers des amis qui partageaient sa vie, des causes qui la bouleversaient et des engagements qu’elle prenait.
Jamais extrémiste, elle aimait pourtant parfois s’insurger subitement quand quelque chose l’enflammait. A l’âge de 14 ans elle avait convaincu toutes les troisièmes de son pensionnat de faire une grève de la faim. Il me semble que c’était pour protester contre l’épouvantable qualité de la cantine.

Peut-être que je m’en souviens comme ça car c’était une cuisinière hors pair. Elle mêlait son savoir-faire à une tendance quasi maladive à l’improvisation. Ses recettes ne faisaient jamais mention d’aucune quantité précise. Elle avait ces dernières années visité mille nouvelles façons de se nourrir avec des résultats plus ou moins heureux, mais cela ne la décourageait jamais. Elle adorait la cuisine indienne, les tagines, le chèvre, les tomates, le basilic, les asperges, les cerises, la pastèque et le Marzipan. Elle pouvait être magicienne derrière ses fourneaux, ceux qui ont mangé ses cannelé savent.

Elle avait eu une enfance plutôt malheureuse, victime de circonstances personnelles compliquées, d’une mère qui n’avait aucune envie de l’aimer et d’une personnalité d’artiste qui avait du mal à se faire comprendre.
C’était tout simplement extraordinaire qu’elle ait réussi à faire de sa soif inépuisable d’amour causée par son passé, une mission de vie.

Maman n’était intéressée que par l’amour. Elle voulait aimer, être aimée, regarder, lire, écouter des histoires de gens qui s’aimaient et qui aimaient des choses.
Les dernières décennies de sa vie ont été marquées par une quête passionnée vers l’acceptation de soi et le bien-être. Après avoir essayé d’aimer la terre entière elle s’attelait enfin à s’aimer soi.

Parce que c’était l’amour le centre de sa vie, elle dépassait souvent les limites de la bienséance, de la norme, de ce qui se fait et se dit. Mais elle s’en foutait, elle devait sa vie à sa résilience et elle ne permettait pas à quiconque de l’empêcher d’être qui elle voulait et de faire ce qui lui plaisait.

Du coup c’était aussi une drama queen de première. Mais elle faisait ça si bien qu’alors même que j’essayais de me dépêtrer de la culpabilité qu’en bonne mère juive elle tentait de me refiler, j’avais toujours envie d’admirer son sens de la mise en scène, et j’en riais toujours autant que je m’en plaignais.
Elle n’avait aucune patience, n’écoutait jamais d’instructions jusqu’au bout et prenait les plus grosses décisions sur un coup de tête. Elle achetait tout le temps des trucs qu’elle imaginait géniaux pour être souvent déçue, mais de temps en temps elle faisait une trouvaille qu’elle partageait avec tous ceux qui avaient la chance de la croiser au bon moment.

Bref elle était merveilleuse, impossible, irremplaçable.
Il me reste mille choses à vous dire sur elle et je vais probablement passer le reste de mes jours à le faire. Je parlais déjà tout le temps d’elle, cela ne risque pas de s’amenuir 
😉

Love you Mom!

Ta fille qui t’adore.

💜💜💜

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